P3 : Plastique, Projet, Pochette

En général, les femmes burkinabé supportent 90% des charges domestiques. Leurs activités principales restent le maraîchage en saison pluvieuse, puis l’artisanat et le petit commerce en saison sèche. Toutefois, les femmes de la Région du Sahel, ne sont pas bénéficiaires des meilleures terres agricoles, subissant l'appauvrissement des terres suite au réchauffement climatique.  Les revenus que génèrent ces activités sont loin de satisfaire leurs besoins fondamentaux. Les conditions d'octroi des prêts bancaires sont inaccessibles à la majorité des femmes. Certaines d’entre elles, avant de se retrouver mère, avaient pu bénéficier de petite formation subventionnée par de grandes ONG notamment dans la couture.
Les besoins familiaux étant plus importants que le développement de leur activité, plus le manque d’emplois dans cette filière les ont fait retourner à leurs tâches quotidiennes.
Les jeunes mères seules survivent dans des conditions extrêmes de précarité et leurs enfants en subissent les conséquences directes.

Au Burkina Faso, la majorité des salariés est constituée d'hommes avec 79,9% contre 20,1% de femmes. (D'après une étude menée par le gouvernement burkinabé en 2014, CARTOGRAPHIE ET DIAGNOSTIC DE L'EMPLOI DES JEUNES AUBURKINA FASO.) Nous avons donc décidé de soutenir ces jeunes femmes qui souhaitent trouver une activité dont elles deviendraient porteuses et qui pourrait améliorer leur quotidien.

En parallèle de cette situation humaine, l’environnement est gravement touché par une pollution due au plastique. La ville de Ouahigouya, composée d’environ 80 000 habitants, est en pleine croissance et la gestion des déchets produits ou encore la notion du recyclage est très pauvre voire inexistante.

Les sachets usagés jonchent les sols et sont même avalés par le bétail.

Les méfaits du plastique se ressentent à différents niveaux sur :

– la population avec une croissance des décharges publiques engendrant une prolifération des maladies et bactéries
– l’environnement avec la pollution de la terre et des sols,
– l’écosystème global suite à un fort taux de mortalité dans les élevages par l’ingestion du plastique par les animaux, destruction des plantes et pollution des points d’eaux.

D'autre part, le gouvernement burkinabé lui-même tente de lutter contre la pollution du plastique. En 2016, les députés burkinabè adoptent une loi interdisant la production, l’importation, la commercialisation et la distribution des emballages plastiques non biodégradables. Malgré une forte prise de conscience et d'importantes réflexions sur comment apporter une alternative aux sachets plastique, leur utilisation est toujours présente et cause pour le gouvernement entre autre des problèmes de santé publique et un impact négatif sur le cheptel.

P3 utilise les sachets d’eau, qui eux ne subissent encore qu’une trop faible réglementation, l’eau potable étant indispensable. Le projet permet d’apporter une alternative aux sachets plastiques “courants”. La confection des sacs cabas à base de sachets d’eau pour aller au marché en est une.

P3: Plastique, Projet, Pochette est un projet qui répond donc à deux problématiques locales majeures.

D’une part, il répond à un mal de l’Afrique, celui du cancer des sachets plastiques. Le Burkina est classé (d’après le FMI en 2015, classement PIB) parmi les pays les plus pauvres au Monde. Les sachets plastiques utilisés par un très grand nombre d’africains dans la vie de tous les jours sont spécifiques, ils contiennent 25 à 50 cl d’eau potable. Une fois vidés de leurs contenus, ils jonchent les sols de la ville et s’envolent au vent.

La gestion des déchets est inexistante. Les déchets sont brulés souvent devant les portes (polluant l’air) ou transportés à l’extérieur de la ville. Tous les jours les décharges sauvages s’agrandissent. Elles sont des terrains de jeux pour les enfants et favorisent le développement de maladies. Ces déchets plastiques sont devenus pour P3 un moyen de créer un revenu pour aujourd’hui 12 femmes. Nous valorisons ainsi les compétences des femmes et chacune contribue à la protection de l’environnement. Toute la population de la ville de Ouahigouya en bénéficie, nous agissons certes modestement, mais positivement, sur l’assainissement de la ville et la préservation de l’environnement. Les éleveurs également s'en trouvent positivement impactés. Les animaux d’élevages (chèvres, moutons, vaches) consomment les sachets plastiques qui volent dans les rues, entrainant la mort de l’animal et une énorme perte financière pour son propriétaire.

D’autre part, ce projet prend en main une autre réalité, celui du chômage et de la précarité sociale d’un grand nombre de femmes. Aujourd’hui la majorité de la population de Ouahigouya a une activité agricole. Les habitants ont pour la plupart un petit lopin de terre, qui ne même pas à toute la famille de se nourrir quotidiennement. Une activité salariée parallèle est donc nécessaire pour assurer les besoins quotidiens et est indispensables à leur développement comme les soins, la scolarité, ou les transports. La présence dans la Région du Nord du Burkina Faso d’entreprises embauchant des femmes est très faible voire inexistante. Notre projet est une opportunité presque unique pour elles.

Il n’est pas possible de stopper l’utilisation du plastique pour ces sachets, c'est bien souvent la seule solution pratique pour pouvoir consommer de l'eau potable. C’est pourquoi notre intervention est tournée vers une alternative, celle du recyclage par l’insertion et la formation de femmes. Il faut combiner la partie économique, sociale et environnementale pour répondre à une grave problématique : comment améliorer la condition de vie des femmes de la ville de Ouahigouya, en termes économiques, sociaux et environnementaux ?

Le projet P3 prend aujourd'hui un nouveau tournant. En effet, depuis 2015, deux ateliers se sont développés : la couture et le tissage. Nous disposons aujourd'hui d'un savoir-faire que nous avons-nous même construit et dont les 25 femmes des deux ateliers, qui vivent aujourd'hui dignement de leur travail, peuvent transmettre.

Movement France en partenariat avec l'association P3 : Plastique, Projet, Pochette souhaite développer le recyclage du plastique « dur ». En parallèle avec la situation sécuritaire que traverse aujourd'hui le pays. En effet, la ville de Ouahigouya se voit accueillir chaque jour des dizaines de familles déplacées, venant chercher la paix et la sécurité.

Ces familles plus que dans le besoin sont à la recherche de travail et de revenu qui peut leur permettre de se projeter dans l'avenir localement.

Ainsi nous avons souhaité développer ce nouvel axe de recyclage avec des femmes des familles réfugiées. Leur savoir-faire artisanal est un atout qu'il faut valoriser et travailler comme nous l'avons toujours fait en développant des technologies appropriées au territoire. C'est ainsi que nous souhaitons développer notre nouvel atelier de recyclage en confectionnant des accessoires toujours utiles et utilisables localement et à l'étranger, via le recyclage du plastique « dur ».

 

Contexte

La ville de Ouahigouya est située dans la Région du Nord du Burkina Faso. C'est la quatrième ville du pays avec environ 90.000habitants. Située à 180km de la capitale Ouagadougou, son climat est de type sahélien. Elle subit fortement le changement climatique, avec l'avancée du désert et la pénurie d'eau. C'est la dernière ville avant la frontière du Mali. Autrefois une ville fortement touristique de par sa culture Mossi et son savoir-faire artisanal, elle est aujourd'hui prise dans la tourmente du terrorisme qui sévit dans l'extrême Nord du Burkina et le Mali.

Majoritairement composé d'agriculteurs et de petits commerçants, la ville se développe rapidement. Les conditions de vie y sont rudes, notamment dans le domaine agricole. Les saisonnalités sont bouleversées et la saison pluvieuse engendre des pluies de plus en plus violentes. Une majorité de la jeunesse se tourne aujourd'hui dans la recherche d'eau dans des mines clandestines. L'employabilité des femmes est très faible et seul les personnes disposant d'un lopin de terre convenable peuvent s'en sortir. L'éducation des enfants est toutefois un secteur bien implanté, avec la présence d'écoles, de collèges, de lycées et même d'une université de médecine. La ville de Ouahigouya connait aujourd'hui une arrive sans précédent de nombreuse famille déplacée suite à la crise sécuritaire que traverse le pays. De nombreux enfants sont aujourd'hui déscolarisés et les familles vivent sur des sites où les conditions de vie sont très précaires.

Publics concernés

Le développement du projet P3, devra permettre le recrutement d'une dizaine de femmes. Elles seront rémunérées équitablement et dignement.

Nous comptons en moyenne 2 personnes à temps plein bénéficiaires indirects, au regard de notre impact localement et du réseau d'artisans que notre projet sollicite tout au long de l'année. Ensuite ce sont 7 personnes par femmes qui sont indirectement impactés positivement par le projet. Soit 70 bénéficiaires indirectes représentés, par les enfants et la famille proche des femmes.

Notre projet permet aujourd'hui à 25 femmes de travailler à temps plein au sein des différents ateliers. Début 2020, nous avons mis en place une garderie pour que les enfants des couturières et tisserandes puissent bénéficier d'un lieu d'accueil adapté.  Le repas du midi est pris en charge par l'association et un vélo est attribué à chaque femmes pour qu'elles puissent être autonomes dans leur déplacement.

Au total, ce sera 35 femmes et 2 hommes (un gardien et un responsable des activités génie civil) qui sont bénéficiaires directs du projet et pas moins de 259 personnes bénéficiaires indirects.

Au lancement du projet les femmes forment les nouvelles arrivantes à toutes les étapes. Elles leur expliquent les différentes étapes, (en effet, nous suivrons la même méthodologie de développement et de lancement du projet que nous avons mis en place pour nos 3 activités précédentes) la collecte, le lavage, la confection, la gestion du stock et de la matière première, ventes…

Elles se formeront entre elles à l’arrivée d’une nouvelle, chacune est ensuite naturellement investie dans une tâche, en fonction de ses compétences et parfois de son niveau scolaire. Cette entière implication, leur permet à leur tour porteuse du projet et en deviendront les portes paroles.

Partenaires locaux

Au lancement du projet P3 : Plastique, Projet, Pochette, en 2014, l'association Movement France a mis en place des formations à toutes les étapes du projet, pour que les femmes qui ont souhaité travailler sur le projet, puissent à leur tour devenir porteuses du projet. En 2017, après 3 années de travail collaboratif, d'échange de compétences et de savoir-faire, mais aussi d'auto-formation, le projet est devenu autonome à la fois humainement et financièrement.

Ce fut donc naturellement, que nous avons ensemble constitué une association locale pour devenir une entité à part et que nous sommes ainsi devenus des partenaires historiques.

Notre partenaire sur place est en charge de la mise en place et du développement du projet. Il est en charge de l'installation, de l'entretien des infrastructures et de la gestion du personnel.

Objectifs du projet

Objectif : permettre le développement de notre atelier de recyclage du plastique en nous appuyant sur nos compétences, savoir-faire et force vivre locale.
Cet objectif global se traduit par des objectifs :
– d'employabilité durable et équitable et ainsi d'émancipation et de valorisation de la condition de la femme
– de lutte contre la pollution du plastique, en confectionnant des accessoires utiles et utilisables localement par tous
– à notre échelle, permettre de l'extraction jusqu'au recyclage en passant par chacune des étapes de transformation, dans la constitution de filières et de produits responsables.

 

Activités

• Achat des machines (3) auprès d'un constructeur en France :

Afin de pouvoir réaliser des accessoires sur place nous souhaitons pouvoir acquérir trois machines (Broyeur, Injecteur, Compression)

• Formations avec l'association Octop'us de Strasbourg

Réalisation d'une formation autour des différents types de plastique, en visio pour la mi-mars et d'une formation en présentielle pour la formation sur les machines

• Transport en conteneur des machines pour le Burkina

Nous sommes dans la mise en place d'un transport d'un conteneur en collaboration avec 4 autres associations du Grand Est à destination du Burkina

• Installation des machines dans notre atelier en voûte à Ouahigouya

Notre Centre Artisanal de Recyclage du Plastique dispose d'un espace adapté pour l'installation des machines. Entièrement autonome en eau et électricité solaire.

• Recrutement et formation de 10 femmes

Nous recrutons des femmes issues d'une situation de précarité sociale et économique. Nous les formons ensemble à toutes les étapes

• Confection et installation des poubelles de collecte de plastique

Avec les moyens sur place nous confectionnerons des poubelles à partir de barriques recyclées, nous procéderons à l'installation dans des lieux stratégiques dans la ville. Une rotation de collecte sera mise en place. Celle-ci sera effectuée par une personne à l'aide d'un âne et d'une charrette confectionnée sur mesure

• Lancement de la production et de la commercialisation

Au regard de la sélection de 4 premiers produits de la gamme (un gobelet, une assiette, un bol et un saladier), nous pourrons commercialiser les produits localement et pour l'export que lorsque nous aurons atteint une très bonne qualité de produit.

Résultats

– Résultats écologiques attendus
Dans un premier temps la collecte du plastique dans la rue se fera au travers des journées de sensibilisation. Afin de créer une dynamique autour de la lutte contre la pollution.
Nous pourrons ainsi lancer l'action dans les lieux publics mais aussi dans les écoles et collèges.
Nous ne pouvons pas estimer la quantité de plastique que nous pourrons collecter, mais aujourd'hui nos recyclons plus de 350kg de plastique par mois.
Dans un second temps, nous pourrons mettre en place des bacs de collecte pour limiter la prolifération du plastique dans l'environnement, comme nous le faisons déjà pour les sachets d'eau.

– Résultats sociaux attendus
La participation des femmes au projet. Dans un premier temps de par leur implication, leur motivation et dans un second temps dans l’auto-formation et la prise en main du projet à toutes les étapes.
Ensuite la formation des femmes à toutes les étapes du projet est un réel atout à la fois pour la durabilité du projet mais aussi pour l'émancipation des femmes.
En effet, l’émancipation des femmes peut déjà se faire ressentir, au travers leur apprentissage, leur implication et leur prise de place et de position au sein du groupe. Aussi, leur émancipation au sein de la société et/ou de leur famille est aussi un résultat à long terme.

La formation et le recrutement d'une équipe de 10 femmes devra leur permettre de sortir de leur précarité sociale et économique pour elles ainsi que pour leurs familles.

– Résultats économiques attendus
De par la commercialisation des accessoires confectionnés à partir de plastique recyclés, nous avons mis en place une rémunération digne pour l'ensemble des personnes travaillant et œuvrant dans le projet. Ainsi, cette économie est directement réinjectée dans l'économie locale de la ville de Ouahigouya.
Nous travaillons également avec des artisans locaux, nous nous approvisionnons avec des fournisseurs et commerçants locaux. Cet objectif étant de pouvoir être entièrement autonome avec une disponibilité de la matière locale rapidement et adaptée mais aussi pour valoriser les savoir –faire et les compétences locales.

En développant notre nouvel atelier de recyclage, nous allons pouvoir créer de nouveaux emplois et ainsi développer une économie circulaire plus grande et revendre localement des produits utiles et utilisables par l'ensemble de la population locale.

– Résultats institutionnels attendus
La lutte contre le réchauffement climatique, la pollution, l'avancée du désert … sont des combats menés par l'ensemble des politiques mondiales à une échelle plus ou moins perceptible au niveau local et notamment pour les pays les plus pauvres.
Nous avons pour souhait de pouvoir un jour intégrer un programme plus large de gestion des déchets et de leur valorisation au travers différentes filières de recyclage, de collecte, de compostage…
Nous y travaillons en nous faisant connaître auprès des institutions, en travaillant avec d'autres associations locales et/ou occidentales pour lutter contre cette pollution et toutes les conséquences annexes que cela peut engendrer.
Comme pour l'ensemble des projets que nous avons mené et dont nous sommes aujourd'hui porteur ou co-porteur avec notre partenaire locale, notre objectif premier est de rendre notre travail viable humainement et financièrement.
La durabilité à tous les niveaux (économique, environnementale, humain et dans le temps) sont des grands enjeux du facteur de réussite d'un projet.
Nous avons depuis le début de notre implication au Burkina travaillé en collaboration avec les femmes et la population locale, pour que le projet soit porté et valorisé par les personnes qui le porte.

Projet En cours

Date de début : février 2015
Date de fin : décembre 2023

Pays d’intervention : Burkina Faso
Localité : Ouahigouya
Secteur(s) d'intervention : Croissance économique emploi, Déchets, Égalité H-F

Objectif(s) de Développement Durable

Budget : 49.916
Financeur(s) régional(aux) : Département de Meurthe-et-Moselle, Région Grand Est
Autre(s) financeur(s) : FDVA, Fondations privées,

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Movement France
ADHÉRENT

Movement France

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Site Web

Représentant : Mme Alexandra GAUTHIER (Présidente)

Création de projets dans le domaine des technologies appropriées et du développement durable.

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est le réseau régional des acteurs du Grand Est qui souhaitent s'inscrire dans une politique concertée de coopération et de solidarité internationales. Véritable relais entre l'État, les collectivités territoriales, les structures de la société civile – associations, entreprises, institutions diverses-, Gescod est une plate-forme d'acteurs dont le but est de renforcer et d'amplifier l'ouverture internationale du territoire régional dans lequel elle s'inscrit.

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